La coca et la cocaïne - Bolivie

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La coca et la cocaïne
     
 

Et quand le blanc voudra faire la même chose et osera utiliser ces feuilles comme vous, il lui arrivera tout le contraire.

Le jus, qui pour vous est force de la vie, pour vos maîtres sera un vice répugnant et dégénéré; alors que pour vous, les indiens, ce sera un aliment spirituel, pour eux ce sera cause de folie et d'idiotie...

Légende de la coca

La découverte de la cocaïne

En 1859, Albert Niemann de l'université de Göttingen est arrivé à isoler une des 13 alcaloïdes contenue dans les feuilles de coca. Ce composant était de la cocaïne, le célèbre composant qui joua un rôle majeur dans l'histoire de l'Amérique et de sa guerre contre les drogues. 

Des propriétés anesthésiantes...

C'est Vassili von Arep, de l'université de Würsburg, qui perçut en premier, en 1880, les propriétés anesthésiantes de la cocaïne.

On avait enfin trouvé le médicament tellement attendu par les chirurgiens, l'anesthésiant idéal, une drogue qui bloquait la douleur envoyée au cerveau en gardant les patients entièrement conscients et qui, dès lors, permettait d'éviter les dangers du sommeil chimique et plus particulièrement les comportements de défense car jusqu'alors les patients étaient "anesthésiés" avec de l'alcool. 

Grâce à aux propriétés dérivées de la feuille de coca, il était désormais possible d'appliquer une injection de 2% dans le nerf d'une molaire malade et d'enlever la carie sans faire souffrir le patient, ce qui permit aux docteurs de soigner leurs patients en toute tranquillité. 

Par après Karl Koller, associé et ami de Sigmund Freud, eut l'opportunité d'utiliser les propriétés de cette nouvelle substance pour des opérations des yeux.

Le saviez-vous?

La découverte de la cocaïne marquât le passage de méthodes traumatisantes, douloureuses et dangereuses à une chirurgie sans douleur et permit également de grandes avancées en science. 

Dès lors des centaines de médicaments basés sur cette molécule virent le jour: les propriétés anesthésiantes de la cocaïne furent utilisées pour faire des médicaments contre les douleurs de l'accouchement, des hémorroïdes, des nouvelles dents chez les nouveaux nés, ainsi que des gouttes contre le mal de tête, en plus de leur utilisation pour toutes les applications chirurgicales possibles (ophtalmologie, dentisterie, etc.).

Les grandes compagnies pharmaceutiques comme Merck, La pharmacie centrale de France, Parke Davis, etc.  s'essayèrent à sa fabrication et développèrent un marché prospère. 

En 1923, Richard Willstaller de l'Université de Munich arriva à créer la première molécule synthétique de cocaïne à partir de la molécule alcaloïde de la feuille de coca, la Procaïne.
Cette molécule avait aussi des effets anesthésiant et stimulant comme la cocaïne mais avait un sérieux défaut; elle était 50% moins anesthésiante que la cocaïne et n'avait pas de propriété hémostatiques (prévenant des hémorragies). Il fallut y ajouter de nouvelles substances comme l'épinéphrine (adrénaline) pour équivaloir aux propriétés naturelles de la cocaïne. Les effets de ce nouveau mélange est important: cela prolonge les effets anesthésiants et prévient d'une réabsorption rapide de la drogue. 

Beaucoup de compagnies recherchèrent une molécule aux pouvoirs anesthésiants mais aucune ne dépassa les pouvoirs de la cocaïne.  

La cocaïne reste donc la molécule principale des anesthésies locales.  

...aux stimulantes

Le saviez-vous?

Alors que les médecins s'intéressaient aux propriétés anesthésiantes de la coca, Sigmund Freud s'intéressa à ses propriétés stimulantes et se converti en premier cocaïnomane de l'histoire. Il prit tellement de cocaïne qu'il eut un cancer du nez.

Il écrivit un livre sur les effets de cette drogue,  "Uber Coca".

La feuille de coca fut aussi utilisée pour ses effets stimulants; en 1863 un corse créa le vin Mariani, un vin à base de feuilles de coca qui était super tonic. On raconte même qu'un vieux pape, consommateur convaincu, lui donna une médaille.

Aux États-Unis l'alcool était interdit. En 1886, John Pemberton, inspiré du vin Mariani, créa une boisson sans alcool à base de feuille de coca et de cola (une noix d'Afrique contenant plus de caféine que le café).  Le résultat réveilla les morts, cette puissante boisson fut baptisée Coca-cola.
En trois ans le coca-cola fut fameux dans tous les États-Unis et en 5 ans dans le monde entier. Mais peu de temps après commence une campagne contre Coca-cola et la cocaïne à cause des problèmes d'addiction causés par la cocaïne.

En 1886 un verre de coca-cola contenait 9 milligrammes de cocaïne. Si officiellement la cocaïne a été éradiquée du coca en 1903, jusqu'en 1929 on y trouve des traces. Cependant, l'utilisation de feuille de coca est toujours présente. 159 tonnes de feuilles de Coca ont été achetées à la Bolivie en 2002 pour subir une « décocaïnisation ». La caféine subsiste avec un taux réduit pour que la boisson conserve sa dimension stimulante.

En 1949 un banquier des USA et président de la pharmaceutique nord américaine, Howard Fonda, vient au Pérou et en Bolivie pour faire une "recherche" de trois mois et détermine que la feuille de coca cause un retard mental et est la cause de la pauvreté en Amérique du Sud et sur base de cette recherche il recommanda aux nations unies l'éradication de la feuille de coca. 

Dix ans plus tard on signa le traité de Genève, une loi internationale qui, jusqu'à aujourd'hui, met la coca sur la liste des stupéfiants au même titre que la cocaïne.

L'usage de la cocaïne

La cocaïne (Chlorhydrate), en plus de ses propriétés anesthésiantes est également un puissant stimulant, un antidépresseur efficace et il est moins toxique que les amphétamines. Il s'agit d'un médicament extrêmement fort qui doit être administré précautionneusement et sous contrôle médical. Son utilisation produit des effets d'addictions et pour ressentir les mêmes effets il faut petit à petit augmenter les doses. Un consommateur chronique de cocaïne peut consommer entre 500 et 1000 Mgr en 24 heures tandis qu'un utilisateur occasionnel ne sera pas capable de consommer cela en plusieurs semaines. 

Après avoir consommé de la drogue, si la consommation ne se prolonge pas le consommateur subira une période de "manque", ou "descente" qui se traduit par des symptômes d'anxiété et de dépression ou une fatigue inhabituelle. 

Si la consommation n'a pas été trop élevée il se peut qu'il n'y ait pas de symptôme post-intoxication. Mais au fur et à mesure que le dosage augmente et est répété chaque jour, la privation sera suivie d'une dépression et anxiété proportionnelle; irritabilité, nervosité, mauvaise humeur et fatigue injustifiées sont des manifestations fréquentes de cet état. 

Ces effets sont dus au fait que le métabolisme doit se rééquilibrer après une période de stimulation intense. Cette période de mal être pousse le sujet à consommer de la drogue pour rétablir rapidement l'équilibre, le faisant entrer irrémédiablement dans le cycle de la dépendance.  

Certaines personnalités seraient plus aptes que d'autres à tomber dans le piège comme les personnes peu adaptées socio-économiquement, les personnalités dépendantes, les personnalités ayant un bas taux de tolérance à la frustration, etc. Ce phénomène n'est pas propre aux feuilles d'alcaloïde; la même chose arrive avec les tranquillisants, barbituriques, amphétamines et bien sur, l'alcool, qui est consommé par la majorité de la population.
Tout comme toute personne qui boit ne devient pas alcoolique, toute personne qui consomme occasionnellement de la cocaïne ne devient pas cocaïnomane. Pour qu'une dépendance existe il faut qu'un sujet dépendant existe également. 

De plus l'absence de contrôle médical ou la mauvaise qualité de la drogue, dus au fait que la drogue soit illégale, empirent encore les choses. 

D'autre part la drogue, ou objet de la dépendance, est prise pour sa facilité d'accès, plus que par un choix du patient. C'est d'ailleurs pour cela que l'alcool est un grand facteur de dépendance. 

Si elle est facile d'accès la cocaïne est utilisée pour augmenter les capacités physiques ou intellectuelles, comme par exemple par les étudiants qui veulent travailler plus, les personnes qui veulent maigrir, ou encore pour ses propriétés aphrodisiaques

Généralement pour l'utilisateur "social" de la cocaïne, la quantité n'augmentera pas de quelques grammes par mois (30 à 50 mg. par dose). Cet usage est en général limité aux weekends et l'utilisation en journée est extrêmement rare. L'utilisation de la cocaïne ne présente pas de problème dans la vie quotidienne du sujet. 

Soigner les personnes dépendantes

Plusieurs techniques ont été utilisées pour soigner les dépendances; électrochocs, abstinence, maintient en état de léthargie, jusqu’à couper les nerfs du plaisir. Des traitements chimiques ont aussi été mis en place comme le L-Dopa qui crée des neurotransmetteurs. Aucuns de ces traitements n'a donné de fruits. 

Le rétablissement dépend de chaque personne mais on peut affirmer que plus longtemps quelqu'un a pris de la drogue plus difficile sera le sevrage.  

Jusqu'à présent on a cherché à combattre la drogue en interdisant la production de la feuille de coca et au lieu de soigner les malades on les traite en délinquants. En Bolivie les médecins ne peuvent pas légalement aider les malades, et ces derniers finissent le plus souvent en prison pour délinquance et petits crimes.

Hors peut-être serait-il intéressant de prendre le problème dans l'autre sens; au lieu de vouloir éradiquer la coca, se demander pourquoi y a-t-il des personnes sujettes à l'addiction? Pourquoi le taux de personnes dépressives est tellement élevée? S'il n'y avait pas de consommateurs la drogue ne serait plus un si gros problème...

Le consommateur qui reconnait finalement qu'il a un problème, ce qui arrive en général après beaucoup de temps y compris des années, se retrouve encore plus frustré car il se rend compte qu'on ne peut pas faire grand chose pour lui.
Il peut essayer toutes sortes de solutions; voyager pour voir des experts, divorcer, changer de boulot, se convertir, etc. Plusieurs fois la drogue sera jetée aux toilettes avec des promesses d'arrêts futiles. On consulte même les Kallawayas, les sorciers, les travailleurs du miracle, etc. qui représentent la dernière espérance de sauvetage.
Mais après un certain temps les médecins frustrés, les amis et la famille abandonnent le malade qui finit par s'abandonner lui même et va errer dans les rues d'une ville déjà pleine de mendiants jusqu’à s'administrer l'ultime dose qui lui offrira l'overdose qui paralysera sa respiration et son centre cardiaque...

Un espoir: la feuille de coca

Les mâcheurs de coca qui ont essayé la Cocaïne prétendent ne pas aimer cela. C'est à partir de cette constatation que l'on a essayé de traiter les patients avec des feuilles de coca et cela a donné de bons résultats.

Cependant faire mâcher la coca aux gens des villes n'est pas chose facile. La technique n'est pas si simple, la coloration de la bouche en vert, le gout et l'odeur pas toujours appréciés. Pour palier à ce problème les firmes pharmaceutiques ont élaboré des pastilles à base de coca.

Des études scientifiques sur la mastication de la coca ont été faites par l'université d'Harvard. La feuille de coca est un des meilleurs aliments du monde. Il n'existe pas de plante stimulante qui ait autant de protéines, vitamines et minéraux que la feuille de coca. La feuille de coca a plus de calcium que le lait et l'oeuf, a plus de protéines que la viande et a beaucoup de vitamines dont la vitamine A. 

De plus aucun stimulant n'offre d'énergie; ils nous font dépenser force que nous avons déjà puis, quand il ne fait plus effet nous restons sans énergie. C'est le cas de la cocaïne mais PAS de la coca qui compense par le fait que c'est un aliment très riche qui offre de l'énergie, de l'alimentation et de l'oxygène.

Conclusions

La feuille de coca est un énergétique certain; elle contient des vitamines, des minéraux et des protéines. C'est un antidépresseur et un stimulant très efficace. La plupart des groupes ethniques, comme les aymaras et les quechuas, l'utilisent depuis des générations. Elle permet une adaptation socio-économique et leur a permis de survivre à ce qui est humainement insupportable comme le système de la mita et le travail des mines.

La cocaïne est le résultat de l'extraction d'un alcaloïde de la feuille de coca. C'est un puissant anesthésiant local et stimulant. Mais son pouvoir addictif en fait une drogue dangereuse à consommer, l'abus et l'overdose sont fréquents bien qu'ils soient les conséquences d'un déséquilibre émotionnel. 

Il est urgent et important d'apporter des solutions à ces abus. La feuille de coca semble être une solution durable et ses propriétés peuvent être un élément thérapeutique avantageux, tout particulièrement dans le cas de la Bolivie où la feuille de coca est légale et où l'assistance médicale est de mauvaise qualité dus à un manque d'infrastructures et de ressources.

Sources:

Cocaine the Legend by Jorge Hurtado. Musée de la Coca, La paz.

Wikipédia

Fragmento de entrevista a Sdenka Silva en el documental Koka Zer

 
   
 

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